Telco and Cloud (interview)

Here is an interview I gave for the Telco World Forum event which will occur in London 15-17, April 2013.

Original here : http://bit.ly/12bkUMp

We asked Francois Fort, for his thoughts on what role telecom operators play in the Cloud Computing ecosystem.

What is the role of telecom operators in the Cloud Computing ecosystem?

We all feel a bit lost looking at the huge number of Cloud offers on the market. How to choose ? Which Cloud product is the most efficient for my business ?  Which one is really secured ?

Telecom operators select the best Cloud products from editors and bring them to their customers, guaranteeing security. Through SaaS application portals, telecom operators are offering their customers to easily choose, for their own work domain the best applications of the market. Whatever you’re a small, intermediate or global company present in every continents, only telecom operators are able to provide you Cloud services, security and SLA in one package to make your business stronger. Telecom operators are also providing IaaS and PaaS products, they help software editors to conquer Cloud market.

Telecom operator DNA is to protect customers data and to provide the best of the Cloud market (Compute, Storage, CDN, SLA, Security).

What are the biggest challenges Cloud Computing is faced with in the immediate future?

Cloud Computing is about trust.

Too many Cloud providers, and sometimes huge ones are slowing down Cloud adoption with lack of data protection. Our economy needs to be accelerated to be more competitive and Cloud Computing is the answer. Providing SLA and more data protection are some challenge some Cloud providers have to face.

Another key point is to help customers to choose the best service for their business. So many SaaS applications are now available on the market, it’s sometimes very difficult to find the right one. Why should I use this SaaS application instead of this one ? Customers shouldn’t lose time in selecting an app. Providing the relevant information at the relevant moment helping customers to make the best choice between different editor’s SaaS products is a challenge for Cloud providers.

Cloud providers have to protect customers data, make sure to provide efficient SLA and help customers to jump safely into the Cloud efficiency with the relevant service.

What is the current offer of SFR with regards to Cloud Computing?

SFR provides IaaS and SaaS Cloud products. All our products are on top of our subsidiary’s cloud infrastructure : Numergy.
Our IaaS offers cover compute, storage, CDN and Cloud security solutions. We also provide a Sync and back-up SaaS solution and a SaaS application portal giving customers access to our products and a selection of the best Cloud products of the market.

What are the future plans of SFR in the Cloud arena?

SFR helps its customers to accelerate their business with providing them the best Cloud solutions. Some new Cloud Products will arrive this year too.

WRITTEN BY BROWNLEEL

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Francois Fort,  will be speaking on ‘Telco Cloud Services Brokerage & Services Aggregation’ at 12.00 on Day 1 of the Telco Cloud World Forum (Tuesday 16 April 2013).

SDN : La révolution réseau est en marche !

J’ai publié cette semaine une interview dans la business room SFR sur un sujet chaud de la silicon valley : le SDN. Ou dit autrement, la virtualisation des réseaux, vous pouvez le consulter ici : http://bit.ly/XDpP5z

Ci-dessous, le texte de l’interview :

Le Software-Defined Networking, ou SDN, n’est pas seulement un mot à la mode. Il peut apporter des bénéfices inédits aux entreprises, en jouant sur l’agilité et la flexibilité des infrastructures. Explications de François Fort, head of special projects and evangelization chez SFR Business Team.

Qu’est-ce que le SDN ?

Le Software-Defined Networking (SDN) est une approche centralisant la gestion du réseau en établissant le découplage des éléments matériels et des éléments logiciels.

Il permet aux ingénieurs d’orchestrer et d’automatiser un réseau informatique sans devoir accéder physiquement aux composants matériels (routeurs, switchs, etc.). Le SDN libère des manipulations à répétition sur les différents composants et offre une interface centrale de contrôle logiciel sur tout le réseau. Les ingénieurs peuvent aisément façonner le trafic en modifiant les règles d’un switch directement depuis l’interface SDN, prioriser ou re-prioriser les flux, et ce quelle que soit la marque des composants matériels (Alcatel-Lucent, Cisco, Juniper, etc.).

S’agit-il d’un buzz word ? Pourquoi en parle-t-on autant ?

Les SDN promettent de parachever la révolution Cloud et de libérer des quantités considérables de nouvelles applications concrètes. Cet espoir en fait aussi, effectivement, un phénomène de mode, un buzz.

L’approche SDN offre une proposition technique concrète. Prenons une infrastructure informatique quelconque. Quel que soit son rôle, elle est constituée des trois piliers suivants : processeur, stockage, et réseau.

La première révolution Cloud a permis de découpler les unités de calcul physiques (processeurs) de celles – virtuelles et sans limites – offertes aux développeurs : c’est la virtualisation des serveurs. La seconde révolution Cloud a supprimé les contraintes de stockage, et augmenté de manière vertigineuse les performances : c’est l’émergence du Big Data. Le réseau, dernier pilier, demeurait un élément rigide et complexe à faire évoluer. Les technologies SDN viennent bousculer cet état de fait et offrent au réseau ce qui lui manquait pour achever la révolution Cloud : l’élasticité et la commande centralisée.

Quels sont les bénéfices du SDN ?

Le SDN optimise l’adéquation entre d’un côté les ressources (réseaux et IT) et de l’autre les besoins business. Le SDN permet :
• La suppression des délais de provisioning réseau
• La modification des bandes passantes à la volée
• L’adaptation du paramétrage réseau aux besoins des applications
• L’élasticité des ressources (réseaux et IT)
• La réduction drastique de la complexité de gestion des réseaux

Prenons un exemple. Il est très courant qu’au sein d’un datacenter, on ait des baies de Cloud privé dans des réseaux distincts, séparés. Lorsqu’un ensemble est utilisé à 100%, il n’est pas possible d’utiliser les ressources disponibles de l’autre ensemble Cloud privé, ni un Cloud privé virtuel chez un fournisseur, sans travaux. Ces opérations demandent un temps de mise en place, de paramétrage, qui dure au mieux quelques jours, tellement les logiques de gestion de réseau, rigides, ont peu évolué depuis le mainframe.

Pour toutes ces raisons, Najam Ahmad, directeur de l’ingénierie réseau chez Facebook, déclare que « le statu quo de l’ingénierie réseau ne peut plus durer ». C’est pourquoi Facebook promeut largement les technologies SDN pour améliorer agilité et flexibilité des infrastructures.

Le SDN, parce qu’il permet de programmer et d’automatiser le réseau, supprime les rigidités et rend disponible toutes vos ressources via un accès centralisé. Vous pouvez ainsi piloter le réseau avec des API (interfaces de programmation), directement depuis le code de vos applications ou via une interface web unique.

Les gestionnaires de Datacenters doivent-ils dès à présent franchir le pas vers les technologies SDN ?

Il ne fait aucun doute que les technologies SDN vont pénétrer d’une manière ou d’une autre toutes les salles machines. La virtualisation et la maîtrise applicative des infrastructures informatique sont une lame de fond.

La question à se poser est la suivante : la rigidité de l’infrastructure réseau est-elle un frein important aux demandes des métiers ?

Si les demandes métier ne nécessitent pas de souplesse de l’infrastructure réseau, il n’est pas nécessaire de se précipiter.

Au contraire, si les besoins métiers exigent des réponses rapides, une forte adaptation du SI, le SDN est une bonne réponse, soit en interne, soit par l’emploi de Cloud Service Provider fournissant des services SDN.

Lors du renouvellement des équipements, il faut prendre en compte une tendance de fond : la « commoditisation » du hardware. La bascule de l’intelligence réseau des équipements aux logiciels pourrait conduire à une baisse du coût des équipements.

Quel est l’impact sur l’offre Cloud SFR ? Les clients vont-ils en bénéficier ?

Oui. Nous sommes en cours d’implémentation de cette technologie au sein de nos datacenters.Nous souhaitons en faire bénéficier les clients de nos offres Cloud le plus vite possible. Cette solution vient enrichir nos offres de nouvelles fonctionnalités réseau pour fluidifier la maîtrise de l’extension du SI de nos clients vers les datacenters SFR, l’extension maîtrisée en un clic. Ces nouvelles fonctionnalités réseau seront annoncées rapidement.

Quels sont les types d’offres SDN du marché ? Peut-on les catégoriser ?

Le marché est émergent, les classifications d’offre ne sont pas encore suffisamment précises ; nous sommes dans une situation similaire à celle des débuts du Cloud. Les différents acteurs se battent pour imposer leur vision aux clients. J’identifie deux types d’offres : les offres sur mesure, portées par les équipementiers et les offres packagées, portées par les startups.

Les premières, qu’elles soient d’Alcatel-Lucent, Cisco, ou Juniper, offrent une réelle prise en compte de l’infrastructure existante : matérielle et logicielle. À l’instar de la solution Nuage d’Alcatel-Lucent, ces offres implémentent les protocoles les plus répandus et sont compatibles avec les matériels des concurrents. Elles s’adaptent à un parc d’équipements hétérogène, et des développements d’optimisation sont possibles pour une intégration sur mesure de toutes les capacités de votre datacenter.

Les secondes, avec un positionnement « over the top », font le pari de la disruption. Contrairement aux précédentes, elles considèrent le matériel comme une commodité. Plus proches des besoins métiers, elles se focalisent sur le pilotage des couches applicatives (OSI 4 à 7). Elles sont parfois appelées ADN, pour Application Defined Networking.

Le résultat peut être saisissant, comme avec la solution CloudWeaver de la startup franco-américaine Lyatiss. La solution découvre par elle-même l’architecture et les flux applicatifs, puis la présente à l’utilisateur sous forme d’une carte réseau interactive et actionnable. Ce type de solution permet de détecter immédiatement un flux sous-dimensionné ou cassé, de le réparer et d’optimiser le réseau directement depuis une simple interface Web. Il faut l’avouer, les solutions SDN ont un côté vraiment magique !

Vous parlez de la fin de la révolution Cloud avec le SDN. Quand estimez-vous qu’il aura été adopté ? Quels seront les signaux ?

Le SDN permet une accélération incroyable de la synchronisation entre les besoins business d’une entreprise et l’optimisation de l’exploitation de ses ressources IT, qu’elles soient internes ou externes.

Ce découplage du logiciel et du matériel va permettre aux entreprises de modeler leur SI à volonté, répondant automatiquement et en temps réel aux demandes métiers. Le temps d’exécution d’une fonction métier tel que perçu par un utilisateur pourra être garanti même à travers le réseau. Les notions classiques de SLA sont largement challengées et c’est naturel. Toutes les applications, tous les flux n’ont pas la même criticité.

Lorsque le réseau ne sera plus synonyme de rigidité et de délai, et qu’on ne parlera plus de SDN, mais juste de Cloud, alors la transformation Cloud sera terminée. Le SDN aura réussi.

La fin des ressources humaines ?

Ca m’est apparu comme une évidence alors que j’échangeais avec l’éditeur de Tal Ben-Shahar (L’apprentissage du bonheur). L’expression « Ressources humaines » est un non sens. Particulièrement depuis l’avènement de l’économie de l’information, portée par le numérique. Je ne pense pas d’ailleurs être le premier à être gêné par cette liaison collé-serré entre les termes « humain » et « ressource ». Il n’y a rien à faire, cette expression, « ressources humaines » évoque en moi quelque chose de dérangeant, d’inadapté, et je comprends mieux pourquoi maintenant.

Depuis le fordisme, et la division du travail par l’automatisation, les hommes (et le femmes !) font parti intégrantes de l’outil de la production de biens et de services. Nous avons amélioré comme jamais notre confort matériel par l’étude, la mesure et l’optimisation de la moindre action, du moindre geste. Tout ce qui n’est pas strictement nécessaire est supprimé pour optimiser l’appareil productif : Scripts de conversation dans les centre d’appels, processus d’entreprise, gestes des ouvriers ou des agriculteurs. Ce couplage fort entre humains et machines optimise la production, mais parce-qu’il demande aux femmes et aux hommes de fonctionner comme des machines, réduit l’humain au rang de ressource. Juste retour des choses alors, que les robots nous concurrencent.

Il n’est pas demandé d’être créatif, d’oser aller vers l’autre, d’exprimer une sensibilité ou de penser en rupture, non. Ce qui est visé, c’est la régularité, l’absence d’erreur, le geste peu couteux, pour améliorer la performance et la prévisibilité de ce pourquoi tout système productif est fait : Produire à bas coûts. Si une des pièces de ce système synchronisé entre humains et machines est défaillante, c’est toute la chaine de production qui est pénalisée. Les démonstrations d’Eliyahus M. Goldratt dans Le but : Un processus de progrès permanent montrent qu’une ligne de production fonctionne à la vitesse de son élément le plus lent, l’homme est sommé de fonctionner à la cadence d’une machine pour ne pas être le maillon faible : humains, machines-outils, locaux, cash-flows et procédures comptables, tous dans le même bateau!

C’est vrai pour l’industrie, et ça l’est tout autant pour les services : processus en tous genres détaillent les enchainements et actions souhaitées, les logiciels imposent une façon de penser, d’interagir, avec eux et entre collaborateurs. Les fiches de postes, assez proches des spécifications logicielles ou industrielles, décrivent les fonctions à exécuter pour la bonne intégration avec le système. Alors oui, dans ce monde là, l’homme et la femme sont contraints d’agir tels des ressources, d’être managés comme telles, par les ressources humaines et les managers. Mais est-ce toujours pertinent ?

Creative business

Je me demande si ces décennies de division systématique du travail ne nous auraient pas installés dans des habitudes. A tout problème organisationnel, la division par compétence est presque devenu un réflexe, qui pourrait ne pas toujours être justifié. Après tout. L’automatisation des entreprises est faite : de l’exploitation agricole connectée en temps réel au cours des matières premières, aux back-offices des multi-nationales en tous genres. Tout a été automatisé, robotisé, numérisé. Le coût du changement d’outil, à la base de la réflexion sur la division du travail devient nul avec un ordinateur. Nous changeons d’application en un clic. Ce ne sont plus nos gestes qui font la productivité des entreprises, mais nos idées, notre intelligence collective.
Vincent Lextrait, directeur de la R&D chez Amadeus nous révèle des métriques particulièrement éclairantes. La première est que pour Nathan Myhrvold, alors directeur scientifique de Microsoft : « Les tout meilleurs développeurs de logiciel sont plus productifs que la moyenne des développeurs, non pas d’un facteur 10, ou 100, ou même de 1.000, mais 10.000« . La seconde est que pour Steve Jobs : « Le rapport de productivité entre les meilleurs développeurs et les développeurs moyens est de 100″. Ces gains immenses éclairent d’une toute autre façon les théories de Goldratt. Dans une économie de l’information au fonctionnement temps réel, les différences de productivité entre individus tendent vers l’infini, le goulot d’étranglement est dans le couplage entre ces individus. Outre la productivité intrinsèque des individus, la productivité d’une entreprise se mesure au couplage le moins performant entre ceux-ci. On comprend mieux l’acharnement des géants du web à ne travailler qu’avec les meilleurs, quitte et surtout à laisser une partie de leurs organigrammes vides, de peur de créer des couplages néfastes à leur incroyable productivité.

Les conséquences pour les entreprises, et en particulier pour la pertinence du modèle « ressources humaines » sont profondes. Certaines entreprises comme par exemple l’éditeur Valve, générant des milliards de dollars de chiffre d’affaire ont décidé d’augmenter la productivité des couplages entre collaborateurs en supprimant toute hiérarchie et management. Recrutés sur profils plutôt que sur des besoins précis, les employés initient ou rejoignent des projets existants de leur propre initiative autour de la machine à café. Ces sociétés ont dépassé la notion de « ressources humaines » pour autre chose. D’ailleurs vous noterez que la plupart utilisent peu le terme « recrutement », elles lui préfère « acquisition de talent ». Un détail qui en dit long.

Les femmes et les hommes de ces entreprises sont recrutés sur leurs capacités à améliorer le QI collectif, à transmettre efficacement, à penser en rupture, à se forger une vision, à oser. Ils ne sont pas recrutés pour remplir un rôle fonctionnel au sein d’un système, mais au contraire pour l’adapter, le renouveler, dans un monde accéléré et mouvant. L’entreprise d’aujourd’hui, comme le Nautilus de Jules Verne doit son succès à sa capacité à se mouvoir dans un environnement mobile. Ce mobilis in mobile interroge les « ressources humaines » : A l’époque de coursera.org, quelle valeur donner aux diplômes ? Le principe de la hiérarchie et du management sont-ils adaptés aux enjeux stratégiques de pro-activité ? A l’heure du BYOD et du télé-travail, quel rôle donner aux locaux de l’entreprise ? Comment favoriser les couplages à haute productivité entre entreprises partenaires ?

Des sujets passionnants auxquels chaque entreprise répondra avec ses valeurs, son audace. Une chose est sure, ce qu’expérimentent les géants du web préfigure ce que sera l’entreprise à l’âge de l’information. Portés par cette révolution numérique, les hommes et les femmes échappent de plus en plus à la condition de « ressource ». C’est aujourd’hui leur talent, leur vision, leur instinct, leur capacité à créer du lien, ou à penser en rupture qui devient un actif stratégique des entreprises. Une vraie bonne nouvelle.

Internet : Ceux qui en sont privés et ceux qui s’en privent

Une nouvelle publication dans le Business Room SFR sous le titre « Internet : Ceux qui en sont privés et ceux qui s’en privent » que vous pouvez consulter ici : http://bit.ly/TXFZb8

 

La fracture numérique est-elle uniquement dans l’accès à Internet ? Pas seulement, comme l’explique François Fort, head of special projects and evangelization chez SFR Business Team. Beaucoup de nos entreprises continuent d’entretenir des schémas issus du siècle passé, comme si la révolution numérique n’avait pas eu lieu !

Malgré l’extraordinaire succès d’Internet dans les foyers, de nombreux français en restent encore privés. L’Observatoire des inégalités révélait dans son rapport de mai 2012 que le quart de nos concitoyens n’était toujours pas connecté. La fracture numérique est donc toujours là, essentiellement liée à l’âge et au revenu*. Pourtant, être privé d’Internet inflige une perte de temps et d’argent préjudiciable aux citoyens comme à l’économie.

Une seconde forme de fracture numérique persiste également. Elle est culturelle et concerne nos entreprises. Alors que les géants du web tels que Google, Amazon, Twitter ou encore LinkedIn se réinventent en permanence et avec brio, beaucoup d’acteurs économiques établis - et non des moindres - continuent de penser et d’agir comme si la révolution numérique n’existait pas. Visible ou invisible, elle redistribue pourtant les rôles, les valeurs et les assets (ressources) des entreprises sur des bases nouvelles. Elle résulte de l’élargissement massif du nombre de personnes connectées dans le monde, d’une part, et de la puissance informatique virtuellement infinie offerte à tout un chacun par le Cloud Computing, d’autre part. De nouvelles cultures organisationnelles s’imposent pour embrasser les enjeux de cette disruption massive de notre économie.

Passer d’une organisation top-down au bottom-up

En entreprise, l’accès à Internet apporte aux collaborateurs les meilleures formations, les bonnes pratiques les plus efficaces, et les avis d’experts les plus autorisés. Chacun peut désormais en savoir autant ou plus que ses supérieurs. Le pouvoir de l’information n’étant plus réservé à une élite, le management traditionnel est, de fait, remis en question. Quel est son nouveau rôle ? Certaines sociétés ont fait le choix de raccourcir les hiérarchies, préférant que chacun puisse proposer, partager, co-produire une vision à laquelle on puisse réellement adhérer de façon collective. Elles s’appuient sur un constat : le coût économique dû au désengagement actif des salariés est souvent lié à des structures hiérarchiques issues du taylorisme (lire à ce sujet les analyses de Yves Morieux). Pragmatiques, ces entreprises ont donc bien compris l’importance de la réactivité : c’est au plus près du terrain que les décisions sont prises, soutenues par une vision commune, et dans le cadre d’une stratégie à laquelle chacun contribue. Le management bottom-up se montre plus efficace et moins coûteux, dès lors que l’information circule librement.

Et il n’y a pas de temps à perdre à se mettre en ordre de bataille. Internet et le cloud computing remodèlent les secteurs économiques les uns après les autres : la publicité (Google), les industries culturelles (Apple), la vente de détail (Amazon), les médias (Youtube), et demain l’éducation, la santé, la banque ? Car, comme l’explique le célèbre capital risqueur Marc Andreessen : « Le logiciel dévore le monde« . Libéré par la puissance du Cloud, le logiciel « s’hybride » de plus en plus avec le matériel (Internet des objets) et modifie les positions et marges de tous les acteurs en place. Pour exemple, les véhicules sans conducteurs de Google pourraient très vite poser problème à nos constructeurs automobiles. Même les secteurs dont la composante matérielle est irréductible sont donc concernés.

Les stratégies over the top captent la valeur

Ces prises de position des acteurs numériques dans les chaînes de valeur traditionnelles se font principalement en captant la relation avec l’utilisateur, et donc la valeur. On parle de stratégie « Over the Top ». Cette stratégie transforme les autres acteurs de la chaîne en sous-traitants, simples commodités dont on va constamment faire baisser les coûts. Télécoms, banques, santé, infrastructures urbaines, éducation et administration… les uns après les autres, les secteurs de l’économie sont numérisés au profit d’un ou deux géants, rarement plus. Le numérique est un marché de blockbusters.

Nous avons, en France et en Europe, les capitaux et la technologie pour prendre des positions fortes dans cette guerre pour le leadership économique. Le nécessaire investissement massif - Facebook a investi 1,5 Mds $ depuis sa création sans avoir encore stabilisé son modèle économique - et la capacité radicale à s’organiser pour permettre l’innovation de rupture sont donc à portée de main. C’est dans cette logique d’effet d’échelle que l’opérateur cloud Numergy a été créé, propre à dynamiser l’ensemble du numérique. On peut donc regretter que l’entrepreneuriat et la prise de risque nécessaire à l’innovation de rupture ne soient pas suffisamment valorisés, à l’intérieur comme à l’extérieur des entreprises. Cette fracture numérique, culturelle, pourrait porter un lourd préjudice à notre économie si nous n’en prenons pas la mesure. Pourtant, tout est entre nos mains, nous n’avons plus qu’à inventer !

* D’après le Centre d’Analyse Stratégique, le taux d’accès à Internet en zone urbaine est de 65,4 % et de 58,7 % en zone rurale, une différence plutôt mince. En revanche, moins d’un quart des plus de 70 ans en sont équipés et seulement la moitié des personnes gagnant moins de 900 euros par mois.

Cloud Computing : A quoi sert un technology evangelist ?

Je publie dans la Business Room SFR une interview : « Cloud Computing : A quoi sert un technology evangelist ? », voici le lien direct : http://bit.ly/YoBhX2

Aux Etats-Unis, les grandes entreprises IT ont leur technology evangelist. La pratique est moins fréquente en Europe et suscite parfois des interrogations. Rencontre avec François Fort, Chief Cloud Evangelist chez SFR Business Team.

Sommaire
• Qu’est-ce que l’évangélisation technologique ?
• Pourquoi les entreprises américaines font-elle appel à l’évangélisation technologique ?
• Pour quelles raisons l’évangélisation technologique est-elle peu pratiquée en France et en Europe ?
• Comment êtes-vous perçu en tant qu’évangéliste technologique à l’extérieur de SFR Business Team ?
• Et comment êtes-vous perçu en interne ?
• Comment travaillez-vous chez SFR Business Team ? Peut-on dire que vous êtes une entreprise 2.0 ou une entreprise étendue ?

Qu’est-ce que l’évangélisation technologique ?

En deux mots, c’est inciter les clients, les experts et plus largement un écosystème à s’emparer d’une nouvelle technologie. L’évangélisation se fait par des prises de paroles, la production de vidéos, de présentations de cas d’usages ou encore le partage de retours d’expérience. Tout ceci visant à apporter une vision claire et à 360° des impacts de cette technologie pour le client.

Les technologies disruptives comme le cloud computing ont particulièrement besoin d’évangélisation. En apportant la bonne information aux bonnes personnes, elle permet au plus grand nombre de réussir son saut technologique et gagner en productivité.

Parfois sans le savoir, nous connaissons tous de grands évangélistes technologiques. On pourrait citer Steve Jobs pour Apple, Vint Cerf pour Google, Guy Kawazaki ou encore le bloggeur Robert Scoble lorsqu’il officiait chez Microsoft. Sans oublier Richard Stallman et Eric Raymond qui ont beaucoup fait pour la diffusion du logiciel libre et de l’open source, respectivement.

Pourquoi les entreprises américaines font-elle appel à l’évangélisation technologique ?

La notion d’évangélisation technologique nous vient en effet des entreprises technologiques américaines. Elle est ancrée dans leur ADN car pour chaque avancée technologique elles ont dû expliquer au monde les bénéfices à en retirer.

En France et en Europe, la culture de l’évangélisation technologique n’est pas encore répandue. Outre la connotation religieuse du terme qui peut refroidir nos esprits cartésiens, il y a des raisons plus profondes.

Pour quelles raisons l’évangélisation technologique est-elle peu pratiquée en France et en Europe ?

Je vois deux grandes raisons. La première tient à ce que la majorité des innovations informatiques de ces dernières décennies nous sont venues des Etats-Unis. Lorsque la France et l’Europe ont à leur tour adopté ou challengé ces technologies, le travail d’évangélisation était déjà fait.

La seconde tient à la culture, en France notamment : nous ne sommes pas à l’aise avec le mélange des rôles. L’ingénieur doit rester à ses calculs, le stratège à ses plans, le sociologue à son université et le commercial à ses clients. Evangéliser, c’est créer des ponts entre ces fonctions, faire émerger un langage commun que chacun s’approprie. Or le cloisonnement des fonctions et le management purement top-down issus du taylorisme sont des freins à cette co-création de valeur.

Ce qui est sous-jacent aux cas d’usages de l’évangélisation, c’est une certaine vision du monde. Si nous sommes souvent en phase avec la vision des entreprises américaines, nous avons, en France et en Europe, aussi des divergences de fond. Notamment sur le respect de la vie privée ou du secret industriel, un élément mis à mal par le Patriot Act.

C’est par l’évangélisation de notre vision et de nos solutions que nos entreprises françaises et européennes pourront s’imposer, se différencier et apporter aux clients des solutions plus en phase avec leurs besoins et convictions.

Donc, oui, l’évangélisation est adaptée à la France : elle est même nécessaire à l’essor de ses entreprises technologiques.

Comment êtes-vous perçu en tant qu’évangéliste technologique à l’extérieur de SFR Business Team ?

Lors de tables rondes ou de conférences, mes interlocuteurs semblent ravis qu’on sorte des codes de la pure communication et qu’on leur apporte une vision, des réponses concrètes, des cas d’usages adaptés à leurs enjeux.

Ce terrain de l’évangélisation était dominé par les acteurs américains et notre parole manquait aux acteurs économiques français autant qu’à notre écosystème (clients, partenaires et distributeurs), en particulier sur le cloud computing.

Et comment êtes-vous perçu en interne ?

Au début, on s’interrogeait sur mon positionnement hiérarchique : représente-t-il la direction, le développement, le marketing ? Peut-on partager nos problématiques et nos initiatives avec lui ?

Malgré le terme évangéliste, je ne me situe pas dans les chapelles. Ce que j’aime c’est l’ouverture. J’échange avec le développement, la production et le marketing autant qu’avec la direction. Aujourd’hui, les bonnes idées viennent de partout, ce qui est important c’est qu’elles circulent, en toute simplicité.

Dans l’entreprise on me perçoit surtout comme un allié : on vient me voir tout simplement pour un conseil ou du feedback sur une initiative. Les questions peuvent être d’ordre organisationnel, ou porter sur l’opportunité d’une offre par rapport à notre positionnement stratégique.

Les collaborateurs veulent connaître et partager les bonnes pratiques et les success casesissus d’autres services ou d’autres entreprises, en France comme à l’étranger. Il y a aussi un besoin de toucher du doigt en quoi ce qui est fait au quotidien contribue à la stratégie de conquête de l’entreprise. L’évangélisation, c’est aussi remettre en perspective, apporter du sens quand c’est possible.

Comment travaillez-vous chez SFR Business Team ? Peut-on dire que vous êtes une entreprise 2.0 ou une entreprise étendue ?

L’échange est permanent. Mes collègues m’enrichissent de leur vision métier, de leurs problématiques, et à mon tour, je leur apporte des éléments d’ensemble facilitant la prise de recul. Cela permet de coproduire une vision riche et cohérente qui irrigue l’ensemble du vasteécosystème que constitue SFR Business Team, ses 2 000 collaborateurs, ses 300 partenaires technologiques et ses 165 000 clients. Dans ce sens, on peut effectivement parler d’entreprise étendue.

C’est aussi par confiance dans les valeurs et les méthodes de l’entreprise 2.0 que certains directeurs de SFR Business Team ont choisi d’abandonner les privilèges de leurs bureaux pour se réunir et travailler ensemble autour d’une grande table. Ils ont appelé cet espace de coworking la « Chocolaterie ».

C’est bien sûr ce modèle qu’ont appliqué les géants du web américain - avec le succès qu’on sait

Comment mesurer l’effet Cloud sur une entreprise ?

J’ai publié (ça devient une habitude) une interview dans la Business Room SFR intitulé : « Comment mesurer l’effet Cloud sur une entreprise ? », vous pouvez le retrouver ici : http://bit.ly/VLk5Ey

Adopter le cloud computing, c’est apporter à l’entreprise de nouveaux outils plus performants : la cause est entendue. Mais c’est aussi lui donner les moyens d’opérer des mutations plus profondes, pour améliorer sa productivité, son agilité et ses capacités d’innovation, avantages que présentent les « entreprises cloud », comme le démontreFrançois Fort, Chief Cloud Evangelist chez SFR Business Team.

Sommaire
• Quelle relation faites-vous entre l’usage du cloud personnel et le développement du cloud computing en entreprise ?
• Peut-on dire que le cloud computing est libérateur ?
• L’impact du cloud computing sur l’entreprise est-il seulement technique ?
• Quels sont les points communs des entreprises qui ont adopté le cloud computing ?
• Une entreprise cloud obtient quels avantages ?

Quelle relation faites-vous entre l’usage du cloud personnel et le développement du cloud computing en entreprise ?

Le cloud personnel est devenu une réalité quotidienne pour beaucoup d’utilisateurs. Il change leur vie privée et augmente le champ des possibles, l’empowerment. On partage ses photos sur Facebook ou Flickr, on stocke et on échange des fichiers sur Dropbox, on relève ses mails, on discute sur Skype… Cela ne concerne pas que les loisirs, puisqu’on utilise parfois, à la maison ou en déplacement, les mêmes outils que si nous étions au bureau. Tout devient possible et disponible où qu’on soit.

Les usages réels du public et ses attentes auront une influence sur sa façon d’appréhender le cloud computing dans son entreprise. Et avec la croissance rapide du BYOD, les usagers vont essayer de faire coexister leur cloud personnel et celui de l’entreprise. Il faut donc y réfléchir sans attendre.

Peut-on dire que le cloud computing est libérateur ?

Le cloud computing apporte une puissance informatique virtuellement infinie : il permet effectivement aux équipes de se libérer des lenteurs des procédures techniques complexes. La compétition se joue maintenant sur le terrain des savoirs et sur notre capacité à fonctionner en réseau.

L’impact du cloud computing sur l’entreprise est-il seulement technique ?

La seule dimension technologique du cloud computing n’est pas suffisante pour estimer son impact. Une vision très large, décloisonnée, des usages et des enjeux est aujourd’hui nécessaire. Il n’est pas exagéré de dire que le cloud introduit un changement de paradigme dans les entreprises.

Il serait presque contre-productif de considérer le cloud computing comme une machine virtuelle. Tout change. Des possibilités et des opportunités s’ouvrent à l’entreprise, concernant son métier, son organisation, ses relations avec l’extérieur et même ses rapports humains.

Quels sont les points communs des entreprises qui ont adopté le cloud computing ?

On repère des modèles propres aux entreprises cloud les plus innovantes au monde, quel que soit leur métier d’origine. Je distingue trois axes : Communication, Organisation et Obsession de la mesure et du design.

• la communication des entreprises cloud est assez différente des entreprises traditionnelles. Elles privilégient l’influence, par l’évangélisation, à la communication de masse comme c’était la règle à la fin du siècle dernier avec les spots TV. Confiantes dans leur avance et leur agilité, elles encouragent leurs collaborateurs à publier et échanger avec leurs pairs à travers blogs et conférences.

• l’organisation : lorsqu’on entre dans une entreprise cloud, on se sent plus dans une chambre d’ado que dans une usine où la taylorisation règne ! Exit les structures pyramidales oppressantes : les individus disposent d’une grande autonomie et fonctionnent en réseau. Les équipes sont agiles, elles se forment et se reforment en fonction des affinités créatrices et des projets. Tout est fait pour permettre aux collaborateurs d’innover sans entraves, dans des espaces de coworking. Certaines dédient même un quota horaire destiné à la libre innovation.

• l’entreprise cloud a intégré une donnée majeure : « 95 % des nouveaux produits ou startups sont voués à l’échec faute de clients ». Aussi l’entreprise cloud a l’obsession de la mesure et du design. Elle considère que toute idée n’est qu’une opinion tant qu’elle n’a pas été validée sur le terrain. Sa capacité à sortir de nouveaux services toutes les semaines lui permet de tester l’intérêt des clients pour ses innovations. Les produits et services de l’entreprise cloud sont co-produits avec ses clients et les communautés de développeurs, suivant le schéma de l’entreprise étendue.

Comment le cloud permet-il aux entreprises de se différencier ?

Le cloud computing offre aux entreprises la capacité de dépasser leurs métiers d’origines pourconquérir de nouveaux marchés en France et à l’international. Il permet l’apparition de schémas radicalement nouveaux, et offre l’opportunité à de petits acteurs innovants de passer devant des sociétés aussi imposantes qu’établies.